
« NON »
« Et bien Sophie est en classe aujourd'hui et non dans un hôpital comme tu le prétends depuis trois semaines. »
Soudain c'est comme si le sol venait de se rompre sous mes pieds. La pièce s'est mise à tourner et je sentais mon cœur battre à 2000 tours. Je me suis mise à pleurer et j'ai regardé les policiers. La directrice reprit :
« Les policiers vont te ramener à la maison, chez ta grand-mère maternelle où ta mère t'attends. »
Je ne savais plus quoi faire. Je ne savais plus si je devais me lever ou rester assise. J'étais très confuse. Les policiers m'escortèrent jusqu'à l'auto patrouille. Un policier s'assoya avec moi sur le siège arrière de l'auto patrouille et durant le chemin personne ne prononça un mot, même pas un soupir, rien du tout. Lorsque nous sommes arrivés chez moi, ma mère nous attendait au pas de la porte. J'allais retrouver ma grand-mère maternelle qui m'attendait en haut, pendant que ma mère discutait avec les policiers. Une fois les policiers partis, ma mère vint nous rejoindre. Elle me demanda de venir prêt d'elle car elle avait à me parler. J'obéis. Et elle commença :
« Johanne, tu as fais quelques choses de vraiment incorrecte. Inventer une histoire sur Sophie, ce n'est vraiment pas gentil de ta part. »
Je regardais ma mère et mon regard était rempli de larmes. Elle poursuivit :
« Pourquoi as-tu inventé cette histoire ? »
Je baissai la tête et répondit :
« Je n'ai pas inventé cette histoire, je suis certaine de l'avoir vécu mais je ne comprend pas pourquoi personne ne veut l'admettre. »
Ma mère prit une grande respiration et me dit :
« Écoute Johanne, Sophie n'a jamais essayé de se pendre dans votre casier, elle n'a jamais été à l'hôpital et tu n'as jamais été la voir à l'hôpital. Cela ne sont que des mensonges. J'ai parlé à la mère de Sophie ce matin et tout cela n'est que baliverne car jamais Sophie n'a fait ce que tu nous as rapporté. »
J'ai compris par le ton de voix de ma mère que je devais avoir rêvé. Mais dans mon intérieur je croyais que j'étais devenue folle. J'éclatai en sanglot et je dis à ma mère :
« Je ne suis pas folle, je ne sais pas ce qui s'est passé mais je te jure maman que je ne suis pas folle…Les policiers vont me mettre en prison…ou je vais finir mes jours dans un hôpital... Maman je t'en supplie ne les laisse pas faire. Je ne comprends pas pourquoi j'ai dit cela. J'étais convaincue que c'était vrai et lorsque j'allais voir Sophie à l'hôpital ça aussi c'était vrai pour moi. »
Ma mère me prit dans ses bras et me calma. Je n'étais pas folle. Sophie avait vraiment essayé de se pendre dans notre casier et elle avait raté son coup car je l'avais découvert. J'étais la seule qui avait le droit d'aller à l'hôpital car je pouvais la faire sourire. Sophie était très malheureuse mais je ne savais pas pourquoi. En fait, j'étais convaincue d'avoir vécu cet évènement. Finalement ma mère me fit comprendre que je ne devais plus jamais parler de cette histoire à personne surtout à l'école car la directrice ne serait pas contente. Elle en parla à mon père lors de son retour du travail et mon père à simplement dit :
« Johanne ne parle plus de cela. » Et c'est tout ce que j'ai eu comme punition.
Nous n'avons plus jamais parlé de cette histoire. Mais dix ans plus tard, Sophie était dans la première page du Journal de Montréal, on l'avait retrouvé morte par pendaison ; mais après vérification, les autorités s'étaient rendue compte que c'était un meurtre déguisé en suicide par son amoureux. J'ai été estomaqué , mes parents et ma famille aussi. Mon histoire vécu, 10 ans auparavant, venait de se réaliser mais sans retour à la vie. Sophie est bien morte par pendaison.
Voici comment mes dons se sont manifestés pour la première fois avec autant d'impact. Et depuis, les évènements se poursuivent sans presque jamais d'arrêt.
Amicalement
